- Jan 14, 2026
Quand les maux de tête des enfants parlent pour leurs émotions
- Brendan Parsons, Ph.D., BCN
- Biofeedback, Anxiété, Neurosciences, Douleurs et maux de tête
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Cette nouvelle recherche émergente aux perspectives novatrices, publiée par Hye Eun Kwon en 2025, aborde les céphalées et les vertiges pédiatriques sous un angle renouvelé : non seulement comme des troubles primaires de la céphalée, mais aussi comme de possibles expressions somatiques d’une détresse psychologique chez l’enfant et l’adolescent.
La somatisation désigne le processus par lequel la tension émotionnelle et le stress s’expriment par des symptômes physiques. On peut penser à un enfant inquiet dont « le ventre fait mal » chaque matin d’école, ou à un adolescent dont les maux de tête s’intensifient à l’approche des examens. Dans cette revue, céphalées et vertiges se situent au carrefour entre neurologie et psychologie, et l’article soutient que leur prise en charge chez les jeunes doit s’appuyer sur un modèle véritablement intégré.
Dans ce contexte, les interventions non pharmacologiques comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC/CBT; cognitive behavioral therapy) et le biofeedback sont mises en avant comme des outils centraux. En quelques mots, le biofeedback utilise des informations en temps réel en provenance du corps – par exemple la tension musculaire, la fréquence cardiaque ou la conductance cutanée – pour aider la personne à apprendre à réguler de manière consciente son état physiologique. Le neurofeedback est une approche étroitement apparentée qui utilise l’ÉEG (EEG; electroencephalography) pour entrainer directement les patterns d’activité cérébrale. Ces deux approches reposent sur l’idée que le cerveau et le corps peuvent apprendre, par la pratique, de nouveaux modes de fonctionnement plus sains.
La revue souligne que les céphalées primaires chroniques pédiatriques (CPH; chronic primary headache) et les troubles à symptomatologie somatique et apparentés (SSRD; somatic symptom and related disorders) partagent un mécanisme commun : la sensibilisation centrale dans un système nerveux encore en développement. Elle insiste également sur le fait que les médicaments, en particulier les traitements prophylactiques des céphalées, donnent souvent des résultats décevants dans les essais pédiatriques, tandis que la CBT et le biofeedback apparaissent de façon répétée comme des éléments clés d’une prise en charge efficace. Cela prépare le terrain à une approche plus holistique, centrée sur les compétences et sensible au développement, pour les enfants souffrant de céphalées invalidantes.
Méthodes
Cet article est une revue narrative qui suit un fil conceptuel clair : (1) clarifier le phénomène de la somatisation chez les jeunes, (2) décrire les bases neurobiologiques communes aux céphalées chroniques et aux présentations somatiques, (3) préciser les facteurs de risque et les éléments du diagnostic différentiel, et (4) opposer les stratégies de prise en charge pharmacologiques et non pharmacologiques.
Le concept organisateur central est celui de la sensibilisation centrale dans le cerveau en développement. Plutôt que de considérer les céphalées pédiatriques ou les troubles somatiques comme purement psychologiques ou purement neurologiques, la revue synthétise des données d’imagerie, des études longitudinales et des observations cliniques pour montrer comment les expériences répétées de stress et de douleur remodèlent les circuits cérébraux impliqués dans la perception de la douleur, la régulation émotionnelle et l’interoception. Ce processus est présenté comme un mécanisme transdiagnostique qui permet de comprendre pourquoi les céphalées primaires chroniques, les syndromes somatiques fonctionnels et les troubles psychiatriques se regroupent si souvent chez les jeunes.
Sur le plan clinique, l’article reprend les cadres diagnostiques établis. Les céphalées primaires chroniques (par exemple la migraine chronique, la céphalée de tension chronique et la céphalée quotidienne nouvelle persistante) sont définies selon la International Classification of Headache Disorders, 3e édition (ICHD-3). Les troubles à symptomatologie somatique et apparentés, à l’inverse, sont définis par le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e édition (DSM-5), en mettant l’accent sur les réponses cognitives, émotionnelles et comportementales inadaptées aux symptômes physiques.
Sur le plan thérapeutique, la revue oppose les stratégies pharmacologiques classiques (antiépileptiques, bêtabloquants, antidépresseurs) aux interventions psychosociales et comportementales, en particulier la CBT et le biofeedback. Les agents pharmacologiques sont généralement utilisés en prophylaxie des céphalées dans les troubles primaires, ou pour traiter l’anxiété et la dépression comorbides dans les SSRD. Cependant, l’article rappelle que les grands essais pédiatriques n’ont pas mis en évidence de supériorité robuste des médicaments sur le placebo dans la prévention de la migraine.
En parallèle, la revue présente la CBT et le biofeedback comme des outils non pharmacologiques de base. La CBT sert à recadrer les pensées catastrophistes, réduire l’anxiété liée à la santé et développer des compétences d’adaptation. Les interventions d’entrainement biofeedback décrites dans la littérature sur les céphalées pédiatriques visent souvent à apprendre aux enfants à réguler la tension musculaire, l’activation autonome ou d’autres marqueurs physiologiques associés à la douleur et au stress. Bien que cet article n’entre pas dans le détail de protocoles spécifiques d’entrainement en neurofeedback basés sur l’ÉEG, son cadre se prête naturellement à des approches d’autorégulation qui ciblent directement l’activité cérébrale, en particulier lorsqu’elles sont intégrées dans un modèle de soins interdisciplinaire plus large.
Résultats
Les principaux constats de la revue peuvent être regroupés en trois grands domaines : mécanismes partagés, diagnostic différentiel et implications thérapeutiques.
Premièrement, sur le plan mécanistique, l’article met en avant la sensibilisation centrale comme fil conducteur entre céphalées primaires chroniques et présentations somatiques chez les jeunes. Les enfants et les adolescents, avec un cerveau hautement plastique et encore en maturation, semblent particulièrement vulnérables à une sensibilisation dysfonctionnelle. Les études d’imagerie suggèrent une connectivité altérée au sein des réseaux liés à la douleur ainsi qu’une perturbation de l’activité en état de repos. Les stress précoces, les maltraitances et les contraintes psychosociales chroniques viennent encore majorer la réactivité des systèmes de stress et immunitaire, augmentant la probabilité que la douleur et les symptômes somatiques deviennent chroniques plutôt que de se résoudre.
Deuxièmement, sur le plan diagnostique, l’article souligne que les céphalées primaires chroniques et les céphalées comme symptôme somatique peuvent être presque indiscernables en clinique. La différence cruciale ne réside pas tant dans la céphalée elle-même que dans le contexte psychologique et fonctionnel qui l’entoure. Dans les CPH, le diagnostic repose sur des caractéristiques spécifiques des céphalées : fréquence, durée, symptômes associés comme la photophobie ou la phonophobie, et correspondance claire avec les catégories de l’ICHD-3. Dans les SSRD, en revanche, les marqueurs clés sont l’inquiétude excessive, l’anxiété de santé, l’altération fonctionnelle disproportionnée et des comportements inadaptés comme les demandes répétées de réassurance ou l’évitement. L’alexithymie – difficulté à reconnaitre et exprimer ses émotions – complique souvent le tableau, rendant les déterminants émotionnels moins visibles tout en amplifiant les plaintes physiques.
Troisièmement, en termes de traitement, l’article met en évidence un contraste frappant entre l’usage des médicaments et leur efficacité réelle. Pour les céphalées primaires, des traitements prophylactiques comme le topiramate, l’amitriptyline ou les bêtabloquants sont souvent prescrits, mais les essais pédiatriques montrent une efficacité limitée, certaines grandes études ne retrouvant aucun avantage clair par rapport au placebo. Pour les présentations somatiques, les médicaments sont le plus souvent utilisés comme adjuvants, ciblant l’anxiété ou la dépression comorbides plutôt que le symptôme somatique lui-même.
Dans les deux groupes, cependant, la revue insiste sur des stratégies non pharmacologiques communes. La psychoéducation, la CBT et le biofeedback sont présentés comme des composantes essentielles de la prise en charge, capables d’améliorer le fonctionnement, de réduire la charge symptomatique et de limiter les investigations médicales inutiles. Le biofeedback, en particulier, est décrit comme un moyen de promouvoir l’autorégulation et de réduire la fréquence et l’intensité des symptômes, en aidant les enfants à « voir » leur physiologie et à apprendre progressivement à l’influencer. La revue conclut que la prise en charge efficace repose sur des soins intégrés et interdisciplinaires, une reconnaissance précoce des présentations somatiques et un accent fort mis sur l’amélioration du fonctionnement plutôt que sur la seule disparition des symptômes.
Discussion
Cette revue nous invite à passer d’une approche étroitement centrée sur le symptôme à un modèle plus intégré et informé par le développement pour les céphalées pédiatriques. En mettant en avant la sensibilisation centrale et la somatisation, elle aide à comprendre pourquoi certains enfants souffrant de céphalées évoluent mal malgré de multiples traitements médicamenteux, examens d’imagerie et consultations spécialisées : le problème ne se situe pas uniquement dans la tête, mais dans l’interaction entre cerveau, corps, stress et signification.
Sur le plan clinique, l’article rappelle l’importance d’une anamnèse approfondie qui va au-delà de la fréquence et de la localisation des céphalées. Des indices comme la présence de multiples symptômes médicalement inexpliqués, une anxiété de santé marquée, un absentéisme scolaire fréquent, ou encore une détresse émotionnelle très visible ou au contraire une étonnante platitude affective (alexithymie) doivent faire suspecter un trouble à symptomatologie somatique et apparentés. En même temps, la revue met en garde contre une pensée « tout ou rien » : de nombreux enfants remplissent à la fois les critères de CPH et de SSRD, et leurs céphalées peuvent devenir une sorte d’amplificateur d’une détresse émotionnelle plus large.
Pour les familles, ce cadre intégré peut être profondément rassurant. Lorsque le clinicien explique que les maux de tête de l’enfant sont réels, non fabriqués, mais qu’ils sont aussi façonnés par le stress, les émotions et un système nerveux sensibilisé, cela ouvre la porte à l’espoir et à l’agentivité. Au lieu d’une longue et frustrante quête de « la » pilule ou de « la » lésion à l’IRM, l’attention se déplace vers des compétences à acquérir : comprendre le système d’alarme du corps, réduire l’évitement, reprendre progressivement les activités et pratiquer l’autorégulation grâce à la CBT et au biofeedback.
Pour les autres professionnels de la santé, la revue rappelle qu’une dépendance excessive aux médicaments dans les céphalées pédiatriques n’est pas étayée par les données. Si de grands essais de prévention montrent que les médicaments prophylactiques courants ne font pas mieux que le placebo, continuer à augmenter les doses ou à changer de molécule – sans adresser les facteurs psychologiques et la sensibilisation centrale – risque de renforcer le sentiment d’impuissance et la dépendance au système médical. L’article propose plutôt un modèle collaboratif et interdisciplinaire où pédiatres, neurologues, psychiatres, psychologues et autres professionnels partagent un langage et un plan de traitement biopsychosocial communs.
Pour les cliniciens qui travaillent avec le biofeedback et le neurofeedback, les implications sont nombreuses. L’article met en avant le biofeedback comme une option non pharmacologique importante, avec des données en faveur d’une réduction de la charge des céphalées chez les enfants. En pratique, cela peut passer par la diminution de la tension musculaire excessive, la stabilisation de l’activation autonome grâce à des protocoles de variabilité de la fréquence cardiaque, ou encore le travail sur l’activité électrodermale pour diminuer la réactivité au stress. Le neurofeedback peut être conceptualisé comme l’extension de cette logique au cerveau lui-même : pour un enfant souffrant de céphalées chroniques et d’anxiété associée, par exemple, on peut envisager des protocoles visant à réduire l’activité bêta élevée liée à l’hyperéveil sur les sites frontaux ou centraux, ou à renforcer le rythme sensorimoteur afin de soutenir le contrôle inhibiteur et la stabilité physiologique.
Sur le plan interprétatif, cette revue s’inscrit dans un mouvement plus large de recherches montrant que des interventions précoces, psychologiquement informées, peuvent modifier la trajectoire des troubles somatiques fonctionnels et des douleurs chroniques chez les jeunes. Des essais randomisés de CBT pour les céphalées pédiatriques ont montré une réduction de la fréquence des céphalées et du handicap, tandis que les méta-analyses portant sur les troubles somatiques fonctionnels suggèrent que des traitements psychologiques structurés peuvent réduire de manière significative la sévérité des symptômes et le recours aux soins. L’inclusion du biofeedback aux côtés de la CBT dans cette revue reflète un consensus émergent : apprendre aux enfants à remarquer et à réguler leurs états internes n’est pas un « plus » optionnel, mais un ingrédient central de la prise en charge.
En même temps, la revue reste prudemment nuancée. Elle appelle à développer de meilleurs outils diagnostiques spécifiques à la pédiatrie, à mener des études longitudinales pour mieux comprendre le pronostic et à évaluer rigoureusement les programmes de soins intégrés. Pour les praticiens du neurofeedback et du biofeedback, cela implique de conjuguer l’optimisme lié à un cadre conceptuel solide avec l’humilité nécessaire face à une recherche encore en cours. L’objectif n’est pas de revendiquer une « solution miracle », mais d’inscrire ces méthodes d’autorégulation dans un modèle de soins cohérent, aligné sur les données et profondément humain, pour les jeunes dont le corps exprime la détresse par la douleur.
La perspective de Brendan
Si vous travaillez avec des enfants qui présentent des céphalées chroniques, cette revue donne un peu l’impression que quelqu’un allume enfin la lumière dans une pièce où l’on avançait à tâtons depuis des années.
L’un des messages les plus frappants est que les médicaments, en particulier pour la prévention de la migraine chez l’enfant, sont souvent beaucoup moins efficaces que nous l’espérions. Lorsqu’un grand essai randomisé montre que deux médicaments prophylactiques largement utilisés ne font pas mieux que le placebo pour réduire la fréquence des céphalées, il devient difficile de maintenir l’illusion qu’« il suffit de trouver la bonne pilule ». C’est à la fois sobering et étrangement libérateur, car cela nous pousse vers des méthodes qui développent des compétences plutôt qu’une dépendance.
C’est là que le biofeedback et, par extension, le neurofeedback entrent en jeu. L’article met en avant le biofeedback comme une option centrale et soutenue par les données pour les céphalées pédiatriques et les présentations somatiques. Nous disposons également de méta-analyses (en dehors de cette revue) suggérant que les interventions psychologiques et comportementales structurées peuvent égaler voire dépasser l’efficacité des médicaments dans de nombreux troubles douloureux et somatiques pédiatriques, souvent avec des effets plus durables et moins d’effets secondaires. Pris ensemble, ces éléments ne racontent pas l’histoire d’un « biofeedback contre médicament », mais plutôt celle d’approches d’autorégulation qui trouvent leur place là où la médecine seule ne suffit plus.
D’un point de vue pratique en neurofeedback, je lis cette revue comme une invitation à renforcer ce récit de l’autorégulation. Imaginez présenter le traitement à un adolescent de 13 ans souffrant de céphalées chroniques de la façon suivante : « Ton cerveau et ton corps sont devenus très doués pour déclencher l’alarme. Notre travail, c’est d’apprendre à ce système d’alarme à se calmer. Nous ne nous battons pas contre ton corps, nous lui apprenons de nouveaux trucs. » Ce message est fondamentalement différent de « On va essayer un autre médicament et voir ce qui se passe », et les enfants perçoivent très bien la différence.
En termes de protocoles, cela signifie souvent élargir la perspective au-delà d’un simple « protocole migraine ». Pour un enfant dont les céphalées sont étroitement liées à l’anxiété et à l’évitement scolaire, j’ai tendance à réfléchir en couches :
Première couche, la stabilisation : on peut envisager d’entrainer le rythme sensorimoteur (environ 12–15 Hz) sur des sites comme C3, Cz ou C4 pour renforcer le contrôle inhibiteur et réduire l’irritabilité corticale générale. L’objectif est un système nerveux moins « à cran » et plus ancré.
Deuxième couche, la régulation de l’activation : pour ceux qui présentent un hyperéveil manifeste et beaucoup de ruminations, le down-training de l’activité bêta élevée (par exemple 22–30 Hz) sur les sites frontaux ou centraux, combiné à un entrainement biofeedback en variabilité de la fréquence cardiaque, peut aider à sortir le système de l’« alerte rouge » pour le ramener vers un fonctionnement plus flexible et adaptatif.
Troisième couche, le calme dans le bruit : chez certains enfants très sensibilisés, il est possible de faire un entrainement de l’alpha postérieur, comme chez les adultes. Il faut adapter le paradigme classique pour le rendre plus ludique et supportable pour un jeune, et la recherche sur l’alpha postérieur chez l’enfant reste limitée, donc ce n’est pas ma stratégie numéro un. Mais je constate que cela peut fonctionner, et que c’est particulièrement utile lorsque les céphalées s’accompagnent de labilité émotionnelle ou de symptômes neurologiques fonctionnels.
De façon critique, je ne mettrais presque jamais ces protocoles en œuvre de manière isolée. L’accent mis par la revue sur la CBT, la psychoéducation et le contexte familial correspond à ce que beaucoup d’entre nous constatent en clinique : les séances sont plus efficaces lorsque l’enfant comprend pourquoi il s’entraine, lorsque les parents cessent d’alimenter involontairement le rôle de « malade », et lorsque le retour progressif à l’école et aux activités est intégré au plan. Le neurofeedback et le biofeedback deviennent alors des outils au service d’un cadre comportemental et relationnel plus large, et non des gadgets flottant hors contexte.
Ce que je trouve particulièrement encourageant, c’est la façon dont ce cadre redonne du sens aux approches « naturelles » et « auto-dirigées » sans glisser vers la pseudo-science. Nous ne disons pas : « Jetez vos médicaments et ne faites que de l’entrainement cérébral. » Nous disons plutôt : « Voici des données montrant que votre enfant peut apprendre à moduler sa propre physiologie, que la pratique remodèle physiquement les réseaux cérébraux, et que ces compétences peuvent lui servir longtemps après l’apaisement des céphalées. » Pour un enfant de 10 ans qui apprend à diminuer sa tension musculaire ou à modifier ses patterns d’ÉEG, le véritable gain n’est pas seulement d’avoir moins mal à la tête le mois prochain. C’est la découverte qu’« Je peux influencer ce qui se passe en moi ». Cette croyance est un carburant puissant pour la persévérance et la résilience plus tard dans la vie.
C’est aussi ce qui rend la comparaison avec le médicament éthiquement intéressante. Une pilule peut aider, surtout dans les phases aiguës ou lorsque les comorbidités sont sévères. Mais une pilule n’apprend pas à un enfant à gérer le stress, à nommer ses émotions ou à calmer un système nerveux sensibilisé en temps réel. Le biofeedback et le neurofeedback, par conception, reposent sur la répétition, le feedback et la maitrise progressive. Ils transforment la physiologie en un jeu que l’enfant peut gagner, séance après séance. Et au passage, ils transmettent implicitement des leçons sur la patience, la tolérance à la frustration et l’effort soutenu.
Bien sûr, nous avons besoin de meilleurs essais qui comparent ces approches à des schémas médicamenteux optimisés et à des traitements combinés, en particulier dans les échantillons pédiatriques. Nous avons aussi besoin d’études qui reflètent la pratique clinique réelle plutôt que des protocoles de recherche très restreints. Mais malgré ces réserves, la trajectoire est claire : lorsque les médicaments trébuchent et que les méthodes d’autorégulation montrent à répétition de bons résultats avec très peu d’effets secondaires, il n’est plus spéculatif de placer le biofeedback et le neurofeedback au centre de la prise en charge des céphalées et des symptômes somatiques chez l’enfant.
En résumé, cette revue confirme ce que beaucoup de cliniciens ressentent déjà intuitivement : les enfants souffrant de céphalées chroniques n’ont pas seulement besoin de voir leurs symptômes s’atténuer ; ils ont besoin d’outils. Le biofeedback et le neurofeedback ne sont pas seulement des alternatives « naturelles », mais des façons structurées et alignées sur les données d’apprendre au cerveau en développement à se sentir à nouveau en sécurité dans son propre corps. Et cette leçon-là, une fois acquise, a tendance à durer.
Conclusion
Cette revue des céphalées pédiatriques comme symptôme somatique rassemble neurologie, psychiatrie et médecine comportementale dans une perspective réellement intégrée. En présentant les céphalées chroniques et les troubles somatiques comme différentes facettes d’un système nerveux en développement et sensibilisé, elle explique pourquoi les stratégies purement pharmacologiques déçoivent souvent, et pourquoi des approches centrées sur les compétences comme la CBT et le biofeedback occupent de plus en plus une place centrale dans la prise en charge.
Pour les cliniciens, elle souligne l’importance de regarder au-delà de la douleur elle-même pour considérer le contexte plus large : facteurs de risque, réponses psychologiques, dynamique familiale et profil d’altération fonctionnelle. Pour les familles, elle offre une explication bienveillante qui valide la souffrance de l’enfant tout en ouvrant la voie à des traitements actifs et responsabilisants. Pour les praticiens du biofeedback et du neurofeedback, elle fournit une base conceptuelle et clinique solide pour positionner l’entrainement à l’autorégulation comme un pilier de la prise en charge des céphalées pédiatriques.
Au final, le message est profondément porteur d’espoir : lorsque nous cessons de courir après une cause unique ou un médicament unique et que nous aidons plutôt les enfants à comprendre et à réentraîner leurs propres systèmes cerveau–corps, nous ne faisons pas que traiter des maux de tête. Nous cultivons des systèmes nerveux résilients et nous donnons aux jeunes des outils qu’ils emporteront avec eux tout au long de leur vie.
Références
Kwon, H. E. (2025). Headache as a somatic symptom in pediatrics: Diagnosis and integrated management. Headache and Pain Research, 26(3), 193–199. https://doi.org/10.62087/hpr.2025.0016
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