• 16 fév.

Entrainement du circuit de la récompense dans la dépression

*Nouvelles perspectives en neurosciences* Points clés : • Une étude pilote multicentrique a testé une approche d’entrainement en neurofeedback par ÉEG (EEG; électroencéphalographie) guidée par un biomarqueur du système de la récompense informé par l’IRMf (fMRI; imagerie par résonance magnétique fonctionnelle), visant à améliorer une dépression marquée par l’anhédonie. • Dix séances d’entrainement du système de la récompense ont été associées à des diminutions cliniquement significatives de la dépression et de l’anhédonie évaluées par clinicien, avec peu d’effets indésirables liés au dispositif. • L’approche est prometteuse, mais le devis ouvert, à bras unique, ne permet pas d’exclure des effets d’attente et des effets non spécifiques du traitement.

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Une étude pilote multicentrique de 2025 a évalué une approche novatrice d’entrainement en neurofeedback basée sur un « pattern ÉEG–IRMf du système de la récompense » (Prism for Depression™) chez des adultes présentant un MDD (major depressive disorder; trouble dépressif majeur) et une anhédonie cliniquement significative. La logique est simple, mais puissante : si l’anhédonie reflète un circuit de la récompense qui répond trop faiblement aux expériences positives, alors entrainer le cerveau à activer ce circuit de façon fiable pourrait représenter une voie mécanistique pour réduire les symptômes.

L’anhédonie est plus que « se sentir triste ». C’est l’émoussement de la motivation et du plaisir : le café qui goûte l’eau chaude, la musique qui tombe comme du bruit blanc, l’invitation sociale qui ressemble à une corvée. Sur le plan neurobiologique, des données convergentes relient la dépression anhédonique à une activation réduite du striatum ventral et de circuits mésocorticolimbiques de la récompense lors de l’anticipation et de la consommation de la récompense. Cette étude s’inscrit précisément dans cette trajectoire : elle tente de renforcer l’activation liée à la récompense par une pratique répétée et structurée.

Le neurofeedback et le biofeedback sont des formes d’entrainement qui fournissent des informations en temps réel sur l’activité physiologique (activité cérébrale pour le neurofeedback; signaux corporels comme la variabilité de la fréquence cardiaque ou la conductance cutanée pour le biofeedback), afin d’aider une personne à apprendre l’autorégulation par renforcement. Dans cet essai, le feedback n’est pas une cible générique du type « plus d’alpha » ou « moins de thêta ». Il est plutôt ancré à un biomarqueur conçu pour refléter l’activation du système de la récompense, avec l’objectif d’être plus spécifique, sur le plan anatomique et fonctionnel, à l’anhédonie.

Si le système de la récompense est le « bouton oui » du cerveau, l’anhédonie peut donner l’impression que ce bouton est coincé. Cette étude pose la question suivante : une pratique répétée et guidée peut-elle aider à le débloquer ?


Méthodes

Devis et participants

L’étude a utilisé un devis prospectif, à bras unique, ouvert, dans plusieurs centres médicaux en Israël. Des adultes de 22 à 50 ans présentant un MDD (major depressive disorder; trouble dépressif majeur) selon le DSM-5 ont été dépistés, avec une anhédonie cliniquement significative définie par un score à l’échelle d’agrément de Snaith–Hamilton administrée par clinicien (SHAPS-C) au-dessus d’un seuil. Le diagnostic a été confirmé par une entrevue structurée (MINI pour le DSM-5). Les médicaments psychotropes concomitants étaient autorisés s’ils étaient stables depuis au moins quatre semaines avant l’entrainement.

Au total, 49 personnes ont été dépistées et 44 ont été incluses; 34 ont complété l’ensemble du protocole d’entrainement et ont été retenues pour les analyses d’efficacité.

La cible de neurofeedback : une « empreinte » ÉEG–IRMf du système de la récompense

Prism utilise un modèle ÉEG informé par l’IRMf — Reward System EEG–fMRI-Pattern (RS-EFP) — développé pour estimer une activation liée au striatum ventral à partir de caractéristiques temps–fréquence de l’ÉEG. Autrement dit, des caractéristiques de l’ÉEG sont pondérées par des coefficients dérivés d’enregistrements simultanés ÉEG–IRMf durant des tâches de traitement de la récompense, afin de produire un signal continu, seconde par seconde, censé refléter l’engagement du système de la récompense.

Concrètement, le RS-EFP est calculé à partir de six sites électrodes : Cz, Pz, C3, C4, P3 et P4 (référencés à FCz). Le système réalise un traitement temps–fréquence et applique un modèle basé sur l’IA pour générer le signal RS-EFP en temps réel.

Protocole d’entrainement et interface de feedback

Les participants ont complété dix séances d’entrainement en neurofeedback, planifiées deux fois par semaine, à des jours non consécutifs. Chaque séance utilisait un scénario audio-visuel interactif avec des avatars, conçu pour explorer des sous-domaines du traitement de la récompense — particulièrement l’anticipation et la consommation.

Chaque séance comportait cinq cycles (environ trois minutes chacun). Chaque cycle incluait trois blocs répétés, séparés par des périodes de repos. À l’intérieur d’un bloc, l’interface progressait à travers des phases : une période d’anticipation (environ 25 secondes), une période de consommation de la récompense (environ 10 secondes) et une période de maintien/consolidation de la récompense (environ 20 secondes). Les participants étaient encouragés à découvrir des stratégies mentales évoquant un affect positif (par exemple un souvenir, de la musique ou une imagerie sensorielle); une augmentation réussie du signal modifiait le scénario et offrait des renforcements audio-visuels.

Mesures et résultats cliniques

Critère principal : changement de la sévérité de la dépression évaluée par clinicien (HDRS-17) entre le début et la fin de l’entrainement (six semaines). Les critères secondaires incluaient l’anhédonie évaluée par clinicien (SHAPS-C) et d’autres mesures de dépression/anxiété (QIDS-SR-16, PHQ-9, GAD-7), ainsi que l’amélioration globale clinique et le suivi de la sécurité.


Résultats

Rétention et sécurité

Sur 44 participants inclus, 34 ont complété les dix séances (environ 77 % de complétion parmi ceux ayant commencé l’entrainement). Des événements indésirables ont été rapportés chez une minorité, le plus souvent légers; surtout, un seul événement a été jugé lié au logiciel de neurofeedback (un mal de tête), résolu sans traitement. Un événement indésirable grave est survenu (ablation d’un calcul rénal), mais il n’était pas lié au dispositif ou à l’entrainement.

Résultats sur la dépression

La sévérité de la dépression évaluée par clinicien a diminué de façon marquée à la fin du traitement. Le changement moyen ajusté au HDRS-17 correspondait à une réduction d’environ huit points, ce qui représentait une amélioration substantielle selon l’interprétation préspecifiée de l’étude. Une large proportion des participants a atteint une diminution cliniquement significative des symptômes, et un sous-groupe a atteint la rémission à la fin de l’entrainement.

Des améliorations sont aussi apparues dans les mesures auto-rapportées, avec des diminutions statistiquement significatives des symptômes de dépression et d’anxiété.

Résultats sur l’anhédonie

L’anhédonie évaluée par clinicien (SHAPS-C) s’est améliorée de façon significative, avec une réduction moyenne d’environ six points à la fin de l’entrainement. Une proportion élevée des participants ayant complété le protocole a montré de fortes améliorations relatives sur la mesure d’anhédonie.

Évolution temporelle et dose potentielle

L’amélioration des symptômes semblait progressive entre le début, le mi-traitement et la fin du traitement, ce qui suggère un apprentissage cumulatif plutôt qu’un simple effet « waouh » d’une séance. Les auteurs notent que la trajectoire ne semblait pas se stabiliser clairement après dix séances, soulevant l’hypothèse que des séances additionnelles ou des séances de rappel pourraient prolonger les gains — un point important pour les futures études de dosage.

Tailles d’effet et acceptabilité

Les tailles d’effet allaient de modérées à élevées selon les mesures, les valeurs les plus importantes étant observées pour la dépression et l’anhédonie évaluées par clinicien. La satisfaction était généralement élevée : la plupart des participants ont jugé l’intervention au moins modérément satisfaisante et indiquaient qu’ils la recommanderaient.


Discussion

Cette étude pilote propose une idée cliniquement stimulante : entrainer le système de la récompense à l’aide d’un signal ÉEG calibré sur une cible définie par l’IRMf, et réduire à la fois les symptômes dépressifs globaux et la « platitude » tenace de l’anhédonie. Le profil de sécurité était favorable et le taux de complétion élevé pour une intervention de neuromodulation comportementale. Sur le plan clinique, l’ampleur des changements dans la dépression et l’anhédonie évaluées par clinicien — combinée à une amélioration graduelle — s’accorde avec un modèle d’apprentissage de l’autorégulation.

Ce qui distingue conceptuellement cette approche, c’est la cible. Le neurofeedback par ÉEG pour la dépression s’appuie souvent sur des rythmes corticaux larges ou des asymétries, pertinents mais indirects. Ici, le signal de feedback vise à représenter l’engagement du circuit de la récompense, incluant une activité liée au striatum ventral, dérivée de caractéristiques de l’ÉEG entrainées contre des données ÉEG–IRMf simultanées. C’est un peu comme utiliser une « ombre » sur le mur (l’ÉEG) que l’on a soigneusement appris à faire correspondre au mouvement d’un objet invisible directement (l’activité du striatum ventral à l’IRMf). L’espoir est que l’ombre devienne suffisamment informative pour entrainer l’objet.

D’un point de vue clinique, l’anhédonie est souvent le symptôme qui persiste quand l’humeur s’améliore — surtout lorsque les traitements ciblent principalement l’affect négatif ou l’anxiété. Un protocole centré sur la récompense peut offrir une voie complémentaire : pratiquer la génération et le maintien d’un affect positif, de la motivation et de comportements d’approche. Les blocs d’entrainement sont structurés autour de l’anticipation, de la consommation et du maintien de la récompense. C’est important, parce que le wanting et le liking peuvent se dissocier, et qu’un patient peut surtout peiner à initier, tandis qu’un autre initie sans parvenir à éprouver.

Il existe aussi des avantages pratiques : l’intervention est non invasive, bien tolérée, et elle renforce un sentiment d’agentivité. Pour beaucoup, sentir qu’on peut influencer son état interne — même modestement — peut être thérapeutique en soi. Le scénario interactif et le renforcement peuvent aider à transformer un changement interne (une hausse du signal RS-EFP) en une compétence apprenable, surtout lorsque les stratégies mentales sont personnalisées.

En parallèle, le devis impose une certaine humilité. Sans groupe témoin simulé (sham) ni comparaison en aveugle, il est impossible de séparer les effets spécifiques de l’entrainement RS-EFP des effets d’attente, d’attention, de fluctuation spontanée des symptômes, de régression vers la moyenne, ou de l’impact motivant d’un programme structuré. La stabilité médicamenteuse aide, mais la majorité des participants prenaient des antidépresseurs, et des interactions sont possibles. L’échantillon était aussi relativement homogène et n’était pas défini comme résistant au traitement, ce qui limite la généralisation.

La prochaine étape la plus convaincante n’est pas seulement « est-ce que ça marche ? », mais « pour qui, et à quelle dose ? ». Si l’amélioration se poursuit au-delà de dix séances, des séances de rappel pourraient compter. Si certains profils répondent mieux — réactivité de base à la récompense, style cognitif, insomnie comorbide, statut médicamenteux — la personnalisation pourrait transformer un outil prometteur en intervention plus fiable.

Le thème de fond est un virage vers une approche orientée processus : cibler des systèmes cerveau–comportement plutôt que des étiquettes diagnostiques. Si l’anhédonie correspond à une difficulté du système de valence positive, alors entrainer ce système est une hypothèse raisonnable. Cette étude fournit des données précoces, prudentes sur le plan de la sécurité, et cliniquement significatives, qui soutiennent l’idée de tester cette hypothèse dans des essais contrôlés de plus grande ampleur.


La perspective de Brendan

S’il y a une chose à laquelle je reviens sans cesse en clinique, c’est que l’« anhédonie » n’est pas un seul bouton qu’on tourne vers le haut ou vers le bas. C’est plutôt une chaîne stéréo avec au moins deux curseurs : un pour le wanting (anticipation, élan, initiation) et un pour le liking (plaisir sur le moment, savourer, satisfaction). Certaines personnes arrivent avec beaucoup de désir sur papier — objectifs, plans, listes — mais leur système nerveux ne livre pas l’étincelle pour démarrer. D’autres initient très bien, mais décrivent une expérience qui tombe à plat, comme regarder des feux d’artifice à travers une vitre épaisse. Le cadrage « circuit de la récompense » de cette étude est précieux, parce qu’il nous pousse à arrêter de traiter l’anhédonie comme une faute morale (« fais plus d’efforts ») et à la traiter comme un problème d’état entrainable (« construisons le signal »).

Individualiser le neurofeedback : cartographier le wanting versus le liking

En pratique, l’individualisation des protocoles commence par l’évaluation et par l’écoute fine du phénotype.

Les déficits dominés par le wanting ressemblent souvent à : « je ne me sens attiré par rien », « je n’arrive pas à me lancer », « tout me demande un effort », « je procrastine même sur ce qui compte ». Sur le plan comportemental, ces clients peinent à initier, à s’orienter vers l’action et à persévérer. Dans l’auto-rapport, l’apathie et la baisse de motivation ressortent souvent plus que la tristesse.

Les déficits dominés par le liking ressemblent plutôt à : « je fais la chose, mais ça ne s’imprime pas », « je n’arrive pas à ressentir du plaisir », « je suis engourdi », « les bons moments ne restent pas ». Ces clients peuvent être actifs, mais émotionnellement peu récompensés; ils décrivent souvent moins de savourer, moins de chaleur, et une disparition rapide de l’émotion positive.

C’est ici que j’apprécie la logique d’un biomarqueur orienté récompense (comme le RS-EFP) même si nous ne l’avons pas en routine dans les cliniques d’ÉEG. Le vrai gain, c’est la cible conceptuelle : développer un accès fiable à un état de valence positive et apprendre à le maintenir. On peut s’en approcher en neurofeedback par ÉEG en faisant correspondre les protocoles au goulot d’étranglement.

Pour les profils wanting, je pense souvent en termes d’amélioration de l’initiation, de l’énergie cognitive et de l’approche. Selon l'ÉEGq (qEEG; quantitative EEG, ÉEG quantitatif) et le profil symptomatique, cela peut vouloir dire :

  • Soutenir une vigilance stable et une inhibition comportementale avec un entrainement SMR (souvent 12–15 Hz) sur des sites centraux (Cz, C3, C4). Quand les difficultés d’initiation s’accompagnent de distractibilité ou d’impulsivité émotionnelle, un rythme sensorimoteur plus stable peut réduire le « bruit » qui rend le départ si coûteux.

  • Chez des clients sous-éveillés ou cognitivement ralentis, augmenter prudemment le bas-bêta (souvent ~15–18 Hz) sur des sites fronto-centraux (par exemple Fz ou FCz) peut être utile — à condition que l’anxiété et la rumination ne soient pas dominantes. L’objectif n’est pas de créer un état survolté, mais un niveau d’activation utilisable.

  • Si un ralentissement frontal est marqué (excès de thêta ou d’alpha), une réduction douce des ondes lentes excessives sur des sites frontaux (Fz, F3/F4) peut soutenir l’initiation exécutive. C’est toujours une intervention « moins, c’est plus »; pousser trop fort peut basculer vers l’irritabilité ou des perturbations du sommeil.

Pour les profils liking, le goulot d’étranglement est souvent l’accès et le maintien de l’affect positif : pouvoir « laisser le bon arriver », puis le tenir assez longtemps pour qu’il devienne significatif. Des protocoles qui favorisent une baisse de la menace et une récupération parasympathique peuvent créer les conditions nécessaires pour que le plaisir s’enregistre :

  • Un renforcement de l’alpha (souvent ~9–12 Hz) dans des régions postérieures (POz) peut soutenir une attention calme et plus large, ainsi qu’une ouverture sensorielle — des états qui rendent le savourer possible.

  • Chez des clients dont le système nerveux est chroniquement en garde, entrainer une stabilité cohérente sur la ligne médiane (par exemple en lissant un excès de haut-bêta sur des sites frontaux comme Fz/F3/F4, si présent) peut réduire « l’alarme de fond » qui bloque l’accès au plaisir.

  • Quand l’auto-focalisation ruminative écrase l’émotion positive, je priorise parfois des stratégies et des protocoles qui réduisent la persévération — en mettant l’accent sur la régulation et la flexibilité plutôt que sur une simple « activation ».

Un truc clinique utile est de fixer un micro-objectif par séance qui correspond au phénotype. Pour le wanting, cela peut être : « initier en 10 secondes et ré-initier après distraction ». Pour le liking, cela peut être : « amplifier et maintenir un état positif pendant 20–30 secondes, puis le récupérer quand il s’efface ». Sur l’agenda, ces deux compétences se ressemblent (« j’ai fait du neurofeedback aujourd’hui »), mais à l’intérieur du système nerveux, c’est un tout autre travail.

La stratégie compte : entrainer l’esprit qui pilote le cerveau

Un des éléments les plus intelligents de l’étude est que l’entrainement n’est pas « regarder une barre et la forcer à monter ». Il est intégré à l’anticipation et à la consommation de récompense, ce qui encourage la personne à découvrir des stratégies qui augmentent le signal de façon fiable. Cela reflète ce que l’on observe en clinique : le cerveau apprend plus vite quand la stratégie est concrète, personnellement signifiante et émotionnellement crédible.

Pour les déficits de wanting, les stratégies qui mobilisent l’approche et l’agentivité fonctionnent souvent : imaginer un premier pas, répéter un « mini-démarrage », se rappeler une période de compétence, ou utiliser une imagerie orientée action (mouvement, sortir, terminer une petite tâche). Pour les déficits de liking, les stratégies qui misent sur le détail sensoriel et la chaleur fonctionnent souvent : savourer un souvenir avec texture et odeur, imaginer le soleil sur la peau, se rappeler une connexion émotionnellement sûre, ou associer l’imagerie à une musique qui touche réellement.

Et surtout, je ne traite pas la stratégie comme un discours motivationnel. Je la traite comme une hypothèse : on essaie, on observe ce que fait le signal, on garde ce qui marche, on laisse tomber ce qui ne marche pas. Avec le temps, la personne construit un « menu » personnalisé de changements d’état fiables.

Combiner neurofeedback centré sur la récompense et psychothérapie sans transformer la séance en thérapie par la parole

Un piège fréquent est d’essayer de faire du neurofeedback et une psychothérapie complète en même temps. Le résultat est souvent un entrainement dilué : trop de parole, pas assez de renforcement, et le système nerveux n’obtient pas suffisamment de répétitions pour apprendre. L’objectif est l’intégration, pas la simultanéité.

Voici une structure que j’aime utiliser :

  • Un bref check-in ciblé (2–5 minutes) : identifier la compétence du jour (initiation versus savourer), choisir la stratégie et fixer le micro-objectif.

  • Les blocs d’entrainement comme pièce maîtresse : préserver la boucle de renforcement. La parole est minimale et fonctionnelle — du coaching, pas du traitement de contenu.

  • Un débrief court (5–10 minutes) : ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, et comment traduire cela dans la vie quotidienne.

L’activation comportementale s’intègre particulièrement bien, parce qu’elle transforme l’entrainement de la récompense en action. Pour les profils wanting, elle devient « planifier des mini-démarrages », et la séance de neurofeedback devient un terrain de pratique de l’état nécessaire pour commencer. L’ACT (Acceptance and Commitment Therapy; thérapie d’acceptation et d’engagement) s’intègre aussi très proprement : la stratégie n’est pas « se sentir mieux », mais « pratiquer un état viable tout en allant vers ses valeurs ». La CBT (Cognitive Behavioral Therapy; thérapie cognitivo-comportementale) apporte une contribution utile en repérant des erreurs de prédiction (« ça ne marchera pas », « je ne ressentirai rien »), puis en utilisant la séance comme expérience qui met à jour ces prédictions.

Une façon pratique d’éviter que la séance devienne une thérapie par la parole est d’externaliser le plan. Avant l’entrainement, écrire une phrase : « aujourd’hui, on entraine l’initiation » ou « aujourd’hui, on entraine le savourer ». Après l’entrainement, écrire une phrase : « cette semaine, je pratiquerai le même état pendant 2 minutes dans une activité réelle ». C’est de la psychothérapie au service de l’apprentissage, pas un agenda concurrent.

Une critique constructive : la réalité clinique versus la réalité des études

Les études pilotes sont souvent plus propres que les cliniques réelles. Les participants sont dépistés, motivés, monitorés et soutenus. Cela n’invalide pas les résultats; cela signifie simplement que la traduction exige du savoir-faire. En pratique, l’insomnie comorbide, les histoires de trauma, une physiologie du stress chronique et des changements médicamenteux peuvent tous perturber l’apprentissage de la récompense. C’est précisément pour cela que l’individualisation compte autant. Certains clients auront besoin de quelques séances de stabilisation de l’éveil (sommeil, régulation autonome, contrôle attentionnel de base) avant que l’entrainement centré sur la récompense devienne possible. D’autres s’épanouiront immédiatement dans ce type de travail.

La promesse la plus profonde ici n’est pas un biomarqueur propriétaire unique; c’est une direction : un neurofeedback ancré dans des mécanismes, psychologiquement signifiant et cliniquement adaptable. Un futur où nous pourrions suivre des cibles plus précises — récompense, menace, intéroception, contrôle cognitif — sans perdre l’art humain d’ajuster les stratégies à la personne devant nous.

Si nous pouvons garder cet équilibre — rigueur sans rigidité, personnalisation sans mystique — c’est ce à quoi j’espère que l’avenir du neurofeedback ressemblera.


Conclusion

Cette étude pilote multicentrique suggère que l’entrainement en neurofeedback centré sur le système de la récompense, guidé par un biomarqueur ÉEG informé par l’IRMf, pourrait représenter une approche sûre et prometteuse pour un MDD (major depressive disorder; trouble dépressif majeur) marqué par l’anhédonie. Dix séances réparties sur environ six semaines ont été associées à des diminutions significatives de la dépression et de l’anhédonie évaluées par clinicien, ainsi qu’à des améliorations des symptômes auto-rapportés et à une satisfaction généralement élevée.

L’histoire clinique est parlante : quand l’anhédonie est comprise comme une diminution de l’engagement du circuit de la récompense, une intervention structurée qui pratique l’anticipation, l’appréciation et le maintien de la récompense devient plus qu’une gestion de symptômes — elle devient un entrainement. Cela dit, le devis ouvert, à bras unique, impose de rester prudent tant que des essais contrôlés n’auront pas clarifié l’efficacité spécifique et la durabilité.

Si de futures études randomisées confirment ces résultats, le neurofeedback centré sur la récompense pourrait combler un angle mort tenace des soins en dépression : restaurer la capacité du cerveau à répondre à l’expérience positive, une répétition entrainée à la fois.


References

Amital, D., Gross, R., Goldental, N., Fruchter, E., Yaron-Wachtel, H., Tendler, A., Stern, Y., Deutsch, L., Voigt, J. D., Hendler, T., Harmelech, T., Singer, N., & Sharon, H. (2025). Reward system EEG–fMRI-pattern neurofeedback for major depressive disorder with anhedonia: A multicenter pilot study. Brain Sciences, 15(476). https://doi.org/10.3390/brainsci15050476

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