- 7 juil. 2025
Faire taire les voix : le neurofeedback pour la schizophrénie
- Brendan Parsons, Ph.D., BCN
- Neurosciences, Neurofeedback, Schizophrénie
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Dans le domaine complexe du traitement de la schizophrénie, les hallucinations auditives (HA) demeurent l’un des symptômes les plus difficiles à gérer. Affectant entre 60 % et 80 % des personnes atteintes de schizophrénie, ces hallucinations — souvent décrites comme des voix intrusives et angoissantes — peuvent être à la fois invalidantes et résistantes aux médicaments antipsychotiques classiques. Cette résistance pousse patients et cliniciens à explorer des stratégies alternatives pour soulager ces symptômes persistants.
Des recherches émergentes aux perspectives novatrices mettent en lumière une technique non invasive prometteuse : le neurofeedback par imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) en temps réel. Une nouvelle étude menée par Bauer et al. (2025) examine comment ce type de neurofeedback peut moduler l’activité cérébrale chez des patients schizophrènes souffrant d’hallucinations auditives fréquentes et résistantes aux médicaments. En ciblant le gyrus temporal supérieur (GTS) — une région clé dans le traitement des sons — les chercheurs ont exploré si les individus pouvaient apprendre à autoréguler leur propre activité cérébraleEn ciblant le gyrus temporal supérieur (GTS), une région clé du traitement des sons, les chercheurs ont exploré la possibilité pour les individus d’apprendre à réguler leur propre activité cérébrale pour réduire ces hallucinations.
Le biofeedback permet généralement aux individus de reprendre le contrôle de certaines fonctions physiologiques (comme la fréquence cardiaque ou la tension musculaire) via un retour en temps réel. Le neurofeedback, lui, se concentre plus spécifiquement sur l’activité cérébrale, à l’aide d’outils comme l’ÉEG ou l’IRMf, pour aider à réguler l’activité neuronale. Dans cette étude, les chercheurs ont combiné le neurofeedback avec des techniques de méditation de pleine conscience, créant ainsi une approche holistique qui relie neurosciences et entrainement mental.
Les résultats offrent non seulement un espoir tangible pour les personnes confrontées à des hallucinations persistantes, mais ouvrent aussi de nouvelles perspectives en psychiatrie. Explorons plus en détail comment cette approche innovante a été testée — et ce qu’elle pourrait signifier pour l’avenir des soins en schizophrénie.
Méthodologie
Cette étude randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo s’appuie sur des résultats antérieurs montrant que le neurofeedback par IRMf en temps réel peut réduire l’activation du GTS et atténuer les hallucinations auditives chez les patients schizophrènes. L’objectif de cette recherche était de confirmer ces résultats tout en examinant des mécanismes neuronaux plus larges.
Participants et conception de l’étude :
Vingt-trois adultes ayant reçu un diagnostic de schizophrénie ou de trouble schizo-affectif — tous souffrant d’hallucinations auditives fréquentes et résistantes aux traitements — ont été recrutés. Les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes :
Groupe Neurofeedback (n=10) : a reçu un neurofeedback en temps réel basé sur l’activité du gyrus temporal supérieur (GTS), la principale région de traitement auditif liée aux hallucinations.
Groupe Neurofeedback Sham (n=13) : a reçu un feedback provenant du cortex moteur, une région sans lien avec le traitement auditif, servant de condition de contrôle.
Pour renforcer le protocole, les membres du groupe simulé ont ensuite participé à une seule séance de neurofeedback réel, ce qui a permis une comparaison interne (réel contre simulé).
Procédure de neurofeedback :
Les sessions ont eu lieu à l’intérieur d’un scanner IRMf. Les participants ont écouté des phrases préenregistrées — certaines dans leur propre voix, d’autres dans la voix d’un inconnu. Le feedback était représenté sous forme de thermomètre visuel, avec une barre verte indiquant une baisse réussie de l’activité du GTS (pendant les blocs “ignorer”), et une barre rouge signalant une augmentation.
Ce qui distingue cette étude est l’intégration d’une technique de pleine conscience appelée “prise de notes mentale” (mental noting). Les participants ont appris à observer et étiqueter leurs expériences sensorielles sans s’y engager émotionnellement ou cognitivement. Par exemple, à l’écoute d’une voix étrangère, ils notaient simplement “entendre” puis laissaient passer l’expérience sans s’y attarder. Cette stratégie a été essentielle pour aider à réguler l’activité du cortex auditif pendant les sessions.
Structure des sessions :
Chaque session de neurofeedback incluait six cycles de 2,5 minutes :
Cycles 1 et 6 : Blocs de transfert sans feedback, pour mesurer l’activité cérébrale avant et après l’intervention.
Cycles 2 à 5 : Blocs actifs de neurofeedback, pendant lesquels les participants utilisaient la prise de notes mentale pour réduire l’activité du GTS.
Les participants ont également donné un retour subjectif sur leur capacité à se concentrer ou à ignorer les voix, sur une échelle de 1 (pleinement attentif) à 6 (complètement ignoré).
Résultats
L’étude révèle des données convaincantes sur la façon dont le neurofeedback combiné à la pleine conscience peut modifier l’activité cérébrale et atténuer les symptômes de la schizophrénie.
Réduction des hallucinations auditives :
Les deux groupes, réel et simulé, ont présenté une réduction de la sévérité des hallucinations auditives après l’intervention, mesurée avec l’échelle PSYRATS-AH. Cependant, aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les groupes. Cela suggère que si le neurofeedback a joué un rôle, la composante pleine conscience a potentiellement contribué de manière indépendante à l’amélioration des symptômes.
Modifications de l’activité cérébrale et de la connectivité :
L’imagerie cérébrale a mis en évidence des distinctions importantes :
Activation du Gyrus Temporal Supérieur : Le groupe Neurofeedback Réel a montré des réductions significativement plus importantes de l’activité du cortex auditif secondaire (partie du GTS), comparé au groupe simulé. Cette réduction a aussi été observée lorsque le groupe simulé a reçu à son tour le neurofeedback réel, ce qui confirme la robustesse de l’effet.
Connectivité fonctionnelle : Le groupe réel a présenté une réduction de la connectivité entre le cortex auditif secondaire et les régions de contrôle cognitif, notamment le cortex préfrontal dorsolatéral droit (rDLPFC) et le cortex cingulaire antérieur (ACC). Cette déconnexion entre les régions auditives et exécutives est corrélée à une baisse de la sévérité des hallucinations.
Fait intéressant, l’activité du cortex auditif primaire a également diminué dans les deux groupes, ce qui suggère un effet plus large de la pleine conscience sur le traitement sensoriel.
Discussion
Cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur la combinaison du neurofeedback et de techniques de pleine conscience pour traiter les hallucinations auditives persistantes dans la schizophrénie. Même si les deux groupes ont constaté une amélioration, l’imagerie cérébrale nous apporte une compréhension plus fine des mécanismes sous-jacents.
La pleine conscience comme amplificateur du neurofeedback :
La pratique de la prise de notes mentale a probablement joué un rôle majeur dans la réduction globale des hallucinations. La méditation de pleine conscience est reconnue pour modifier le traitement sensoriel, améliorer la conscience de soi et réduire la réactivité émotionnelle — autant de facteurs qui peuvent aider à mieux gérer les expériences auditives intrusives. Toutefois, le ciblage précis du GTS via le neurofeedback a entrainé des changements neuronaux distincts, au-delà de ce que la pleine conscience seule pourrait produire.
Implications cliniques :
Pour les cliniciens, cette étude suggère que la combinaison du neurofeedback et de la pleine conscience pourrait constituer une alternative puissante et non invasive pour les patients résistants aux médicaments. En ciblant directement les circuits neuronaux impliqués dans les hallucinations, comme le GTS et ses connexions aux régions de contrôle cognitif, cette approche pourrait compléter les traitements classiques et offrir un soulagement là où d’autres approches échouent.
Leçons pour la pratique du neurofeedback :
Pour les praticiens, cette étude met en évidence l’importance de cibler des régions cérébrales précises en fonction des symptômes à traiter. Ici, le focus sur le GTS a permis d’observer des changements significatifs en activation et connectivité. L’ajout de techniques comme la prise de notes mentale pourrait également renforcer l’engagement et la concentration pendant les sessions.
Pistes futures :
Malgré ces résultats encourageants, certaines limites subsistent. L’absence d’un groupe recevant uniquement un entrainement à la pleine conscience empêche de démêler clairement les effets respectifs des deux interventions. De plus, l’échantillon était modeste, soulignant la nécessité de recherches à plus grande échelle pour confirmer ces résultats et en évaluer les effets à long terme.
La perspective de Brendan
Cette étude explore l’un des carrefours les plus stimulants de la pratique du neurofeedback aujourd’hui : la fusion entre l’entrainement cérébral et la pleine conscience. En tant que praticiens, nous savons combien le neurofeedback aide à réguler des schémas cérébraux spécifiques, mais y intégrer la pleine conscience peut renforcer ces effets en augmentant la conscience de soi et l’attention.
Un des points clés est que le neurofeedback ne se limite pas à moduler des régions isolées, mais peut influencer des réseaux entiers de connectivité fonctionnelle. La réduction de la connectivité entre le cortex auditif et les régions préfrontales suggère une reconfiguration possible des circuits neuronaux inadaptés, offrant une prise en charge plus globale.
Dans la pratique clinique, cela nous encourage à intégrer la pleine conscience dans les protocoles de neurofeedback, en particulier pour les personnes présentant des difficultés attentionnelles ou émotionnelles. Des techniques comme la prise de notes mentale aident à maintenir l’engagement pendant les sessions et facilitent le transfert des compétences en dehors du cadre thérapeutique.
Cette étude renforce également l’importance d’utiliser des protocoles individualisés. Si le GTS est une cible pertinente pour les hallucinations auditives, d’autres symptômes peuvent bénéficier de l’entrainement d’autres régions ou réseaux. Il est même théoriquement possible que les hallucinations auditives proviennent d’une dysfonction localisée ailleurs dans le cerveau. Comme toujours, il est essentiel d’adapter l’entrainement neurofeedback aux besoins uniques de chaque client pour obtenir les meilleurs résultats.
Conclusion
La combinaison du neurofeedback par IRMf en temps réel et de la méditation de pleine conscience offre une approche novatrice et prometteuse pour traiter les hallucinations auditives dans la schizophrénie. En ciblant le gyrus temporal supérieur et en enseignant aux patients à moduler leur activité cérébrale, cette intervention pourrait apporter un soulagement durable à ceux pour qui les traitements traditionnels restent inefficaces.
À mesure que les neurosciences approfondissent le lien entre activité cérébrale et expérience consciente, des techniques comme le neurofeedback et la pleine conscience pourraient devenir des piliers essentiels des approches thérapeutiques en santé mentale.
Références
Bauer, C.C.C., Zhang, J., Morfini, F., Hinds, O., Wighton, P., Lee, Y., Stone, L., Awad, A., Okano, K., Hwang, M., Hammoud, J., Nestor, P., Whitfield-Gabrieli, S., Shinn, A.K., & Niznikiewicz, M.A. (2025). Real-time fMRI neurofeedback modulates auditory cortex activity and connectivity in schizophrenia patients with auditory hallucinations: A controlled study. bioRxiv. https://doi.org/10.1101/2025.01.13.632809
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