• Dec 22, 2025

Entrainement des microétats ÉEG chez l’adulte avec TDAH

*Nouvelles perspectives en neurosciences* Points clés : • Un nouveau protocole de neurofeedback basé sur les microétats montre que des adultes avec TDAH (ADHD; trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) peuvent apprendre, en une seule séance, à augmenter un microétat ÉEG spécifique (microétat D) lié à l’attention. • Les mêmes adultes ne parviennent pas de manière fiable à diminuer le microétat D, et aucun changement à court terme n’est observé au niveau du comportement, des questionnaires ou de l’ÉEG (EEG; électroencéphalographie) au repos après seulement deux séances. • Le neurofeedback basé sur les microétats apparaît techniquement faisable et sûr, et doit être compris comme une cible complémentaire prometteuse, susceptible d’enrichir plutôt que de remplacer les protocoles plus traditionnels guidés par le ÉEGq (quantitative EEG; ÉEG quantitatif).

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Dans de nouvelles recherches émergentes apportant des perspectives inédites, Férat et collègues (2026) ont testé si des adultes avec TDAH (ADHD; trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) peuvent apprendre à moduler directement un « microétat » ÉEG – un motif bref et stable de l’activité du cuir chevelu – à l’aide du neurofeedback. Plus précisément, ils ont ciblé le microétat D, un motif fronto-central à plusieurs reprises associé à l’attention et au contrôle cognitif, et déjà décrit comme anormalement accru au repos chez des adultes avec TDAH.

Le neurofeedback est une forme de biofeedback où l’activité cérébrale en temps réel (généralement mesurée par ÉEG) est traduite en signaux visuels ou auditifs, permettant à la personne d’apprendre, par la pratique, à orienter ces motifs vers un fonctionnement plus adapté. Au lieu d’entrainer de larges bandes de fréquence, comme le thêta ou le bêta sur un seul site, cette étude focus sur la dynamique rapide, à l’échelle de la milliseconde, des topographies à l’échelle de l’ensemble du cerveau.

Ce travail se situe à un carrefour intéressant entre neurosciences et pratique clinique. Le neurofeedback pour le TDAH s’est traditionnellement concentré sur des marqueurs spectraux, tels que le ratio thêta/bêta ou la puissance SMR, avec des résultats mitigés et des débats continus sur la spécificité et la robustesse de ces marqueurs. L’analyse de microétats propose autre chose : elle considère l’ÉEG comme une séquence de « postures » brèves que le cerveau enchaine, chacune liée à des réseaux fonctionnels de grande échelle. Le microétat D, en particulier, semble refléter l’engagement attentionnel à travers différentes tâches et populations.

En construisant un protocole en boucle fermée directement autour du microétat D, cet essai croisé randomisé pose deux questions clés : des adultes avec TDAH peuvent-ils acquérir un contrôle moment-par-moment sur cet état attentionnel, et ce contrôle se traduit-il par des changements cognitifs ou cliniques à court terme ? Les réponses sont nuancées, mais encourageantes, surtout si l’on pense à l’avenir du neurofeedback comme de plus en plus centré sur les réseaux et la dynamique cérébrale.


Methods

L’étude a recruté 19 adultes avec TDAH (sous-types mixte et inattentif) dans une clinique ambulatoire spécialisée. Après une séance de dépistage clinique, les participants ont complété deux séances de neurofeedback, espacées d’une semaine, dans un devis croisé randomisé. Lors d’une séance, ils étaient invités à augmenter le paramètre cérébral ciblé (« up-regulation ») ; lors de l’autre, à le diminuer (« down-regulation »). La cible, non révélée aux participants, était le temps de couverture du microétat D.

Chaque visite de neurofeedback suivait la même structure. Avant l’entrainement en neurofeedback, les participants remplissaient des questionnaires d’état émotionnel (PANAS et Activation–Deactivation Adjective Checklist), réalisaient deux courtes mesures d’ÉEG de repos, et passaient une tâche de performance continue (CPT; Continuous Performance Task) évaluant l’attention et l’inhibition. L’ÉEG était enregistré avec un bonnet haute densité à 64 canaux et soigneusement prétraité : filtrage passe-bande et coupe-bande, rejet manuel des segments artéfactés, analyse en composantes indépendantes pour supprimer les artéfacts oculaires et musculaires, et interpolation des électrodes pontées ou trop bruyantes.

L’innovation centrale résidait dans la boucle de rétroaction basée sur les microétats. L’équipe a utilisé des cartes de microétats obtenues antérieurement comme gabarits et, en temps réel, a continuellement « refitté » ces topographies aux signaux ÉEG entrants. Toutes les 3 secondes, les données étaient segmentées et étiquetées selon le microétat le plus probable. À partir de là, les auteurs estimaient le pourcentage de temps où l’ÉEG se trouvait en microétat D sur de courtes fenêtres, lissé et pondéré vers l’activité la plus récente.

Cette mesure de temps de couverture était ensuite ramenée entre −1 et +1 en fonction de la calibration au repos propre à chaque participant. Le feedback apparaissait sous forme d’une jauge horizontale à l’écran : se déplaçant vers la droite ou la gauche, et changeant de couleur, selon que la couverture du microétat D allait dans la direction souhaitée. Les participants savaient seulement que l’étude portait sur l’attention et devaient essayer de déplacer la barre comme indiqué ; aucune stratégie cognitive explicite ne leur était fournie.

Chaque séance de neurofeedback comprenait dix blocs d’entrainement de 3 minutes (environ 30 minutes au total), entrecoupés de courtes pauses. Après l’entrainement, l’ÉEG de repos, la performance au CPT et les questionnaires d’état étaient répétés afin d’évaluer un éventuel transfert à court terme. Point important : tous les participants ont interrompu leur médication psychostimulante 48 heures avant chaque séance pour réduire les confusions pharmacologiques.


Résultats

Étant donné les contraintes techniques d’un retour en temps réel basé sur des microétats en haute densité, certains enregistrements ÉEG ont dû être exclus en raison de bruit excessif, laissant 16 participants pour la séance d’up-regulation et 13 pour la séance de down-regulation. Malgré cette réduction d’échantillon, plusieurs tendances nettes se dégagent.

Premièrement, les adultes avec TDAH ont effectivement réussi à augmenter le microétat D pendant la condition d’up-regulation. Lorsque l’on combine l’ensemble des blocs d’entrainement, le temps de couverture du microétat D durant le neurofeedback est significativement plus élevé qu’au repos de base. L’effet est plus marqué lorsqu’on se concentre sur le dernier bloc d’entrainement, et on observe une relation positive significative entre le numéro de bloc et la couverture du microétat D. En d’autres termes, la répétition des tentatives au cours de la séance conduit à une augmentation progressive, de type apprentissage, du microétat ciblé.

En revanche, la down-regulation du microétat D n’a pas été réussie. À travers les blocs, le temps de couverture du microétat D ne différait pas de manière fiable du repos de base. Lorsque les chercheurs ont comparé directement les séances d’up- et de down-regulation dans l’analyse croisée, la variation du microétat D entre le repos et le dernier bloc d’entrainement était significativement plus importante pour l’up-regulation. Les niveaux de base de microétat D, d’attention, d’activation et d’erreurs au CPT ne différaient pas entre les séances, soutenant l’idée que cet effet directionnel reflète un véritable apprentissage en boucle fermée plutôt qu’un simple effet général de « je me concentre sur une tâche ».

Sur le plan comportemental et subjectif, le tableau est plus calme. La performance au CPT (erreurs de commission et d’omission) ne change pas de manière significative entre le pré- et le post-entrainement, et ne diffère pas non plus selon la condition. Les questionnaires d’état concernant l’affect, l’activation et l’attention perçue restent stables. Les mesures de microétat D au repos avant et après entrainement montrent uniquement de petites variations non significatives.

Point crucial : aucun évènement indésirable modéré ou sévère n’a été rapporté. Les participants ont bien toléré le paradigme, ce qui suggère que le neurofeedback basé sur les microétats est non seulement faisable, mais aussi sûr chez des adultes avec TDAH, au moins sur cette fenêtre courte de deux séances.


Discussion

Pris dans leur ensemble, ces résultats montrent que des adultes avec TDAH peuvent apprendre, en l’espace d’une seule séance, à augmenter le temps que leur cerveau passe dans un microétat attentionnel spécifique lorsqu’ils sont guidés par un feedback en temps réel. Cette capacité semble directionnelle : l’up-regulation du microétat D est possible ; la down-regulation ne l’est pas, du moins dans ces conditions. La performance comportementale et l’état subjectif ne se modifient pas de façon mesurable après seulement deux séances, ce qui est peu surprenant si l’on repense aux protocoles classiques de neurofeedback, où les bénéfices cliniques émergent souvent progressivement, au fil de 20 à 40 séances.

L’une des contributions centrales de cette étude est méthodologique. Les auteurs dépassent les cibles spectrales mono-canal pour construire un système en boucle fermée fondé sur la dynamique des microétats en haute densité : des motifs rapides, à l’échelle de la tête entière, censés refléter l’activité de réseaux de grande échelle. Le microétat D, ciblé ici, a été maintes fois associé à des réseaux de l’attention et du contrôle, et les adultes avec TDAH présentent une augmentation du microétat D au repos par rapport à des témoins neurotypiques. En démontrant que le microétat D peut être davantage augmenté à la demande, l’étude fournit une preuve de concept : les microétats sont des états accessibles et entrainables, et pas uniquement des biomarqueurs passifs.

D’un point de vue de la traduction clinique, il est toutefois important de noter que la direction de modulation qui réussit (l’augmentation) n’est pas clairement thérapeutique dans le TDAH, où le microétat D est déjà élevé. L’échec de la down-regulation peut refléter plusieurs contraintes : des effets de plancher liés à la charge attentionnelle de la tâche, la difficulté pour des personnes avec TDAH de « lâcher » volontairement un réseau attentionnel, ou tout simplement un manque de puissance statistique et de dosage. Des protocoles multi-séances, des stratégies plus explicites, et des designs de feedback alternatifs seront probablement nécessaires avant de pouvoir juger du potentiel clinique réel de ce type d’entrainement.

Pour les personnes vivant avec un TDAH, le message de fond est plutôt rassurant : même un cerveau qui semble dispersé ou difficile à « piloter » conserve une capacité de régulation rapide et entrainable au niveau des réseaux. Le protocole utilisé ici est très technique et propre à la recherche, mais le principe sous-jacent – le fait que les états attentionnels sont plastiques et peuvent être façonnés par le feedback – rejoint ce que beaucoup de personnes expérimentent lorsqu’elles combinent stratégies comportementales, médication et neurofeedback au quotidien.

Pour les professionnels qui adressent des patients au neurofeedback ou qui l’intègrent dans des parcours de soins plus larges, cette étude renforce deux idées. Premièrement, la spécificité compte : le devis croisé, avec des mesures de base équivalentes et des directions d’entrainement opposées, aide à distinguer le véritable apprentissage en boucle fermée des effets non spécifiques d’engagement dans une tâche. Deuxièmement, l’absence de changement clinique à court terme dans un protocole aussi bref et sous-dimensionné ne devrait pas être interprétée comme une preuve contre les cibles microétat. Elle souligne plutôt l’importance du dosage adéquat, de designs multi-séances et de conditions contrôles solides lorsqu’on teste de nouveaux neuromarqueurs.

Pour les praticiens en neurofeedback, cette étude offre un aperçu d’un futur où l’on pense de plus en plus en termes de dynamique de réseaux plutôt qu’en canaux isolés ou en puissances de bandes statiques. Les microétats compressent l’activité de réseaux complexes en une poignée de motifs récurrents. Entrainer le microétat D revient conceptuellement à entrainer un réseau attentionnel directement, plutôt que de viser un proxy spectral indirect. Même si nous ne disposons pas encore de systèmes cliniques prêts à l’emploi pour faire du neurofeedback basé sur les microétats en routine, la logique de ce travail encourage des protocoles qui :

  • exploitent l’information multi-canal et des topographies plus riches ;

  • tiennent compte de la modulation dépendante de l’état (par exemple pendant les tâches, le repos et les transitions) ;

  • visent à stabiliser ou à flexibiliser les configurations de réseaux, plutôt que de simplement pousser une bande vers le haut ou vers le bas.

Dans cette perspective, l’absence de changements comportementaux ou de questionnaire après une brève séance d’entrainement est exactement ce à quoi l’on peut s’attendre. Le neurofeedback est un processus d’apprentissage, et le cerveau modifie rarement ses habitudes attentionnelles en 30 minutes. La plupart des protocoles établis pour le TDAH impliquent 20 à 40 séances, voire plus, avec des gains progressifs et par étapes en termes de concentration, de régulation émotionnelle et de performance. Ici, les participants n’ont effectué que deux séances, sans coaching de stratégie cognitive explicite, et avec une cible (augmentation ou diminution du microétat D) qui n’était pas forcément alignée sur leur profil symptomatique individuel.

Vu sous cet angle, les résultats « nuls » sur le plan clinique sont moins une déception qu’un rappel du rôle du dosage : l’intensité et la durée de l’entrainement n’étaient tout simplement pas suffisantes pour espérer un changement fonctionnel net. La partie encourageante, c’est que le cerveau montre bien un apprentissage intra-séance au niveau du microétat. Si ces changements d’état peuvent être stabilisés et répétés sur de nombreuses séances, en particulier en combinaison avec des protocoles adaptés et un soutien psychothérapeutique, on peut s’attendre à voir émerger ce type de changements lents, mais durables dans le fonctionnement quotidien, typiques d’un neurofeedback bien mené.


La perspective de Brendan

Lorsqu’on regarde cet article avec des lunettes de clinicien en neurofeedback, un message s’impose : les microétats ne sont pas là pour remplacer le ÉEGq, mais pour ajouter une dimension manquante. Nous avons passé les dernières décennies à nous concentrer sur le « quoi » et le « où » : quelles fréquences sont élevées, quels lobes sont sur- ou sous-activés par rapport à une base de données. Les microétats arrivent et disent : « D’accord, mais quand ? Dans quel ordre ? Combien de temps le cerveau reste-t-il dans chaque configuration avant de passer à la suivante ? »

Le fil interprétatif qui traverse cette recherche, c’est que le neurofeedback ÉEG évolue progressivement du « quoi » et du « où » – quelle fréquence, à quel site – vers le « comment » : comment le cerveau circule dans ses propres états au fil du temps. Les microétats offrent un langage compact pour décrire ces flux. Dans le TDAH, où la difficulté se situe souvent dans le maintien d’un engagement stable ou dans la flexibilité de changement d’état, comprendre et, à terme, entrainer ces dynamiques temporelles pourrait constituer un complément important aux interventions plus traditionnelles guidées par le ÉEGq.

En pratique clinique guidée par le ÉEGq, nous commençons généralement par une évaluation de type « trait » : enregistrements yeux ouverts et yeux fermés, parfois une condition de tâche, puis comparaison soigneuse à des normes appariées en âge. Nous voyons, par exemple, un thêta frontal élevé, un alpha postérieur réduit, ou une activité bêta excessive à C3/C4. À partir de là, nous choisissons les protocoles : par exemple, un entrainement SMR (12–15 Hz) à C3, Cz et C4 pour l’inhibition comportementale, un entrainement à la hausse de l’alpha à POz pour l’hyper-activation anxieuse, ou un protocole de réduction du ratio thêta/bêta à Cz. C’est extrêmement précieux : cela nous donne une carte de « ce qui se passe où » lorsque le client est relativement au repos.

Ce que cela ne nous dit pas très bien, c’est comment le cerveau se déplace. Une carte topographique statique donne l’impression que le cerveau du client est coincé dans un motif, alors qu’en réalité, l’ÉEG est une chorégraphie rapide. L’étude de Férat et al. nous rappelle que les microétats sont comme des images clés de cette chorégraphie : des postures quasi stables du champ de potentiel au niveau du cuir chevelu. Le microétat D, vedette de cet article, reflète un réseau fronto-central associé à l’attention et au contrôle cognitif. Dans le TDAH, il apparait plus souvent et plus longtemps au repos que chez les adultes neurotypiques.

En clinique, je ne me verrais pas jeter mon ÉEGq pour le remplacer entièrement par l’analyse de microétats, du moins pas dans un avenir proche. Le ÉEGq nous donne toujours une vue d’ensemble robuste des déviations de type trait : cette personne est-elle globalement en sous-activation, en sur-activation, ou instable ? Présente-t-elle une bêta rapide excessive à Fz qui rendrait un protocole inhibiteur frontal risqué au départ ? Observe-t-on des asymétries de l’alpha postérieur suggérant une vulnérabilité de l’humeur ? Ces questions restent la base du choix des protocoles initiaux et de la manière dont nous expliquons nos résultats aux clients et aux professionnels qui adressent.

Là où les microétats peuvent briller, c’est comme couche « quand » manquante par-dessus tout cela. Imaginons un client avec TDAH dont le ÉEGq montre la « photo classique » : thêta élevé, bêta réduit, alpha légèrement lent, et forte variabilité aux sites de la ligne médiane (Fz, Cz). Nous pourrions commencer avec un SMR à C3, Cz et C4, par exemple 12–15 Hz avec inhibition de 4–7 Hz en fonction des clusters de symptômes. Si nous savons aussi que ce client passe une proportion excessive de temps en microétat D au repos, nous pouvons affiner l’histoire : ce n’est pas seulement que ses réseaux frontaux médiaux sont bruyants ; il se pourrait également qu’il s’attarde trop longtemps dans un « état attentionnel » qui n’est ni suffisamment modulé ni suffisamment désengagé.

Comment cela se traduit-il en entrainement en neurofeedback ? Une première piste consiste à utiliser l’information microétat pour orienter les réseaux que nous ciblons implicitement avec des montages ÉEG classiques. Un excès de microétat fronto-central nous invite à porter une attention particulière à des sites comme Fz, FCz et Cz, où nous pourrions entrainer la cohérence en bas-bêta/SMR et inhiber la bêta rapide excessive ou la thêta lente, en visant non seulement la normalisation d’amplitude, mais aussi des cycles d’engagement–désengagement plus stables. Même sans feedback microétat en temps réel, nous pouvons penser en termes de microétats : aidons-nous le client à accéder et quitter cette configuration attentionnelle de manière plus flexible, plutôt que de simplement « baisser le volume » partout ?

Une autre piste est tournée vers l’avenir. À mesure que les outils basés sur les microétats deviennent plus accessibles, on peut imaginer des protocoles hybrides où le ÉEGq fournit l’évaluation de trait, et les microétats fournissent une cible dynamique au cours des séances. Par exemple, une séance pourrait commencer par un entrainement SMR classique à Cz, puis basculer vers un bloc informé par les microétats où le feedback récompense non seulement l’amplitude SMR, mais aussi des schémas de transitions entre microétats considérés comme sains – par exemple passer suffisamment de temps en D pendant une tâche, sans saturer le repos par une activité dominée par D. La technologie n’est pas encore là pour la plupart des cabinets, mais le cadre conceptuel est déjà utile.

L’étude de Férat souligne également une différence cruciale entre la recherche et la réalité clinique, beaucoup plus désordonnée. Ici, les participants n’ont fait que deux séances, sans stratégie explicite, et dans une direction d’entrainement (up ou down) qui n’était pas forcément alignée sur leurs besoins cliniques. En pratique, nous faisons presque l’inverse : nous passons du temps à construire l’alliance, à expliquer la logique, à intégrer le neurofeedback dans une psychothérapie ou un accompagnement, et à ajuster les protocoles en fonction de la manière dont le client répond au fil de 10, 20 ou 40 séances. Si la down-regulation du microétat D s’avère réellement utile dans le TDAH, un protocole en conditions réelles combinerait probablement des cibles informées par les microétats avec des stratégies comportementales explicites pour « lâcher » l’hyper-focalisation ou l’attention rigide, et beaucoup de répétition.

Plutôt que de lire cet article comme « le neurofeedback microétat n’a pas guéri le TDAH », je le lis donc comme : « le microétat D est modifiable et techniquement entrainable, et nous ne faisons qu’en gratter la surface ». Pour les cliniciens qui utilisent déjà le ÉEGq, le message pratique est de commencer à penser de façon plus dynamique. Même si vous ne faites pas encore d’analyse de microétats, vous pouvez vous demander : à quel moment le cerveau de ce client se bloque-t-il ? Lors des transitions ? Après un effort cognitif ? Les plaintes cliniques s’alignent-elles avec certains motifs ÉEG en tâche qui pourraient correspondre à des microétats spécifiques ?

En résumé, le ÉEGq restera notre carte principale du « quoi et où », surtout pour la sélection des protocoles et la communication. Les microétats ajoutent l’axe temporel manquant – « quand et combien de temps ». À mesure que les outils se raffinent, je m’attends à les voir de plus en plus combinés : le ÉEGq pour poser le décor, les microétats pour chorégraphier la danse. C’est cette combinaison, plutôt qu’un remplacement, qui porte, selon moi, la vraie promesse pour le TDAH et bien d’autres conditions.


Conclusion

Cet essai croisé exploratoire montre que des adultes avec TDAH peuvent apprendre, en l’espace d’une seule séance ÉEG haute densité, à augmenter le temps que leur cerveau passe dans un microétat attentionnel spécifique lorsqu’ils sont guidés par un feedback en temps réel. La modulation est directionnelle, de taille modeste, et n’est pas encore accompagnée de changements nets à court terme au niveau du comportement, de l’humeur ou des mesures au repos, mais elle est techniquement faisable, bien tolérée, et se distingue statistiquement d’un simple engagement générique dans une tâche.

Sur le plan clinique, cette étude doit être vue comme une preuve de concept plutôt que comme une thérapie aboutie. Elle ajoute une pièce importante au puzzle du neurofeedback : non seulement nous pouvons cibler des bandes de fréquence et des régions du cuir chevelu, mais nous pouvons aussi commencer à viser les configurations rapides de réseaux qui sous-tendent l’attention et le contrôle. En pratique, les approches basées sur les microétats viendront probablement compléter, plutôt que supplanter, les protocoles guidés par le ÉEGq, en les enrichissant d’une dimension dynamique du « quand ».

Pour les clients, les professionnels qui adressent, et les praticiens, le message de fond est porteur d’espoir : les réseaux attentionnels du cerveau restent entrainables tout au long de la vie, et à mesure que nos outils se précisent, notre capacité à soutenir l’autorégulation devient plus nuancée, plus ciblée et plus puissante.


Références

Férat, V., Deiber, M.-P., Hasler, R., Michela, A., Michel, C. M., Perroud, N., & Ros, T. (2026). Microstate-based neurofeedback in attention deficit hyperactivity disorder population: A randomized controlled crossover trial. Brain Topography, 39(6). https://doi.org/10.1007/s10548-025-01161-8

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